Je ne me souviens pas combien de temps suis-je resté à fixer du regard cette mer coincée entre trois continents.
Je ne me souviens pas combien de temps le ciel est resté ainsi, figé.
Je ne me souviens pas être descendu du côté de la fameuse corniche de Beyrouth, avoir abordé des passants et leur avoir demandé s’ils se souvenaient de leur tout premier horizon, leur toute première fois.
Je ne me souviens pas avoir demandé ce qu’il pouvait bien y avoir de l’autre côté, s’il y avait quoi que ce soit, ou si cela s’arrêtait là.
Je ne me souviens pas si j’étais resté à ma fenêtre.
Je ne me souviens pas m’être demandé si c’était la même mer, le même ciel.
Je ne me souviens pas si j’étais assis ou debout.
Je ne me souviens pas si une nouvelle tempête s’était annoncée.
Je ne me souviens pas si j’avais fini par retourner l’écran de mon téléphone intelligent.
Je ne me souviens pas si les corbeaux pie continuaient de sévir dans mon quartier, narguant plus d’un chat.
Je ne me souviens pas t’avoir écrit qu’il valait mieux ne plus.
Je ne me souviens pas si c’était un jeudi ou un vendredi. Un lundi peut-être ?
Je ne me souviens pas de la première fois que j’ai entonné à tue-tête Le lion rouge, Pincez tous vos koras, frappez les balafons, Le lion rouge a rugi, Le dompteur de la brousse, D’un bond s’est élancé, Dissipant les ténèbres, l’indépendance du Sénégal encore toute fraîche.
Je ne me souviens pas avoir un jour compris pourquoi je n’étais pas vraiment d’ici.
Je ne me souviens pas plus avoir un jour compris pourquoi j’étais de là-bas.
Je ne me souviens pas de ma toute première fugue.
Je ne me souviens pas pourquoi mes parents insistèrent pour me mettre au Cours Sainte-Marie de Hann, établissement scolaire de l’archidiocèse de Dakar, sous tutelle des Pères maristes.
Je ne me souviens pas avoir un jour tenté de soulever la modeste soutane blanche du Père Badonnel, d’avoir révélé l’absence de…
Auteur: dev


