D’où provient l’expression passée dans le langage courant « métro, boulot, dodo » ? En quoi reflète-t-elle l’enfermement de la vie moderne, et comment en sortir ? Derrière cette expression du siècle dernier, une préoccupation bien contemporaine : la quête d’un travail qui a du sens.
Dans son roman paru en 2018 et intitulé L’Homme nécessaire, l’écrivaine Bénédicte Martin évoque sans détour sa volonté de renverser la table et de quitter le train-train quotidien d’une vie bien réglée.
« Je m’étais jurée de ne pas encager les actions de mes journées dans les cases alignées d’un agenda, année après année. Je ne serai ni au bureau, ni au foyer, ni aux fourneaux. Je m’éloignerai des communs, des personnes sans destin aucun et qui, tout en portant des cravates ligotées de lignes qui elles-mêmes les étranglaient comme des boas constrictors, ne voulaient plus mourir. »
Engluée dans un bovarysme certain, elle refuse de finir enfermée dans le carcan promis aux salariés du tertiaire encagés « dans les cases alignées d’un agenda » et arborant fièrement « des cravates ligotées de lignes ». Elle souhaite rompre les amarres avec cette vie convenue et prévisible et ne rêve que d’un mot synonyme d’une promesse : « Ailleurs. »
Dans ces conditions, rien de plus mortifère que la répétition journalière du triptyque « métro-boulot-dodo ». Mais quelle est l’origine de cette expression désormais entrée dans le langage courant ?
La naissance de l’absurde
C’est sous la plume du poète et fabuliste Pierre Béarn qu’apparaît pour la première fois l’expression « métro-boulot-dodo ». Dans son recueil Couleurs d’usine, paru en 1951, il esquisse en quelques lignes la monotonie quotidienne du travail à la chaîne.
« Au déboulé garçon pointe ton numéro
Pour gagner ainsi le salaire
D’un morne jour utilitaire
Métro, boulot, bistro, mégots, dodo,…
Auteur: Thomas Simon, Assistant Professor, Montpellier Business School

