Le Mexique moderne et contemporain s’est construit en grande partie à coups de révoltes, « à coups de machette en quelque sorte », nous dit ici le sociologue marxiste italo-mexicain Massimo Modonesi. Il ajoute : « J’irais même plus loin, par des révoltes plutôt que par des révolutions qui, d’ailleurs, ont été pour la plupart vaincues, avortées, interrompues ou simplement imaginaires. Et contrairement à ce qu’on nous dit, elles ne se comptent pas sur les doigts d’une main. Une, deux, peut-être deux et demie, difficilement trois, certainement pas quatre ».
Nous publions ici en français son texte initialement publié en espagnol par la revue Jacobín América Latina.
***
À la mémoire des 43 d’Ayotzinapa, nous les voulons vivants.
L’histoire des révoltes du passé a été relatée, mais rares sont ceux qui se sont arrêtés pour réfléchir à leur séquence et à leur récurrence à moyen et long terme. J’insiste sur ce mot, que j’ai inclus dans le titre et dont l’étymologie latine recursus-recurrere nous ouvre une perspective interprétative : la récurrence des rébellions renvoie à un recours réitéré, à quelque chose qui revient, qui réapparaît. Un recours d’urgence face à une urgence fréquente.
Et la logique redondante et quelque peu circulaire de ce recours récurrent évoque, non par hasard, la métaphore de Marx où la taupe révolutionnaire pointe sa tête non seulement dans l’histoire, mais aussi dans l’œuvre même du barbu : dans Le 18 Brumaire (1852), les Grundrisse (1857-1858), La Guerre civile en France et dans une lettre à Kugelmann (toutes deux datées de 1871).
Pour recourir à une autre métaphore, la latence et l’apparition soudaine de ces révoltes récurrentes – mais non permanentes – sont peut-être dues à leur modalité volcanique ; elles se développent silencieusement dans les profondeurs sociales et se manifestent brusquement et soudainement à…
Auteur: redaction

