Nous sommes des êtres d’émotion, mais aussi de raison. L’éducation a, normalement, pour vocation, non pas de faire taire les émotions, quelles qu’elles soient, colère, jalousie, désir de vengeance, etc., mais de les intégrer à l’ensemble de la personne, et surtout de permettre la vie sociale. Les réseaux, encore eux, jouent trop souvent sur des émotions non régulées, en roue libre.
C’est le rôle et même le devoir de quiconque exerçant une responsabilité, familiale, économique, religieuse, politique bien sûr, de résister à cette pente dangereuse pour servir une société qui sait ne pas éclater du fait de ses tensions ; au cas où le responsable se déroberait à cela, peut-être y aurait-il un profit immédiat, ce dont je doute, mais à terme il en sera victime. Qui discrédite ou laisse discréditer, sera à son tour discrédité.
Sur ce sujet, on lira avec profit le dernier livre d’Eva Illouz, Explosive modernité. Malaise dans la vie intérieure (Gallimard, Connaissances, 2025). Elle traite de la pratique du « shaming », le fait de livrer en pâture quelqu’un du fait d’une attitude, d’un propos, d’un mode de vie estimé « honteux ». « Le shaming est vécu comme une manière d’affirmer sa propre vertu morale. Mais quand l’indignation morale tourne à la surveillance collective et à un système punitif, elle ne corrige pas le tissu social : elle le déchire », écrit-elle.
Le règne des émotions
Développant de fines analyses des émotions, de leur caractère ambivalent, Eva Illouz fait œuvre salutaire en aidant son lecteur, sa lectrice, à mieux percevoir ce qui agite son esprit et son cœur. Elle permet que nous fuyions le déni, cet « art de truquer la réalité, de transformer des faits concrets en images vagues et floues qui perdent leur signification et leur pouvoir émotionnel ». Nos émotions sont notre vie, mais, laissées à elles-mêmes, surtout…
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