« Nos parentes mammifères marines ont développé d’incroyables savoirs pour apprendre à ne pas se noyer. Je fais donc appel à elles comme institutrices, comme mentors, comme guides. » Dans Non-noyées — Leçons féministes Noires apprises auprès des mammifères marines (éditions Burn-Août et Les liens qui libèrent, novembre 2024), la poétesse étasunienne queer Alexis Pauline Gumbs nous propose de retrouver du souffle dans « l’étau du capitalisme racial, sexiste et fonctionnaliste », en nous inspirant des dauphins, des baleines et des phoques.
Le résultat est un enchaînement de dix-neuf « leçons » publié en 2020 et récompensé aux États-Unis du prix Whiting 2022. Alexis Pauline Gumbs nous y invite, par des descriptions érudites et émerveillées, à écouter comment les dauphins d’eau douce, rendus aveugles par le tumulte boueux des fleuves, sont devenus experts en écholocalisation pour compenser. À être féroces comme la baleine tropicale qui, un jour, a avalé puis recraché un guide touristique sud-africain blanc. À collaborer comme les dauphins à ventre blanc, qui voyagent par groupes de centaines voire de milliers d’individus en accueillant d’autres espèces de dauphins et même des baleines.
Une introduction au féminisme noir
Loin d’être un énième manuel de développement personnel individualiste où l’animal ne serait que métaphore, cet ouvrage poursuit un but profondément subversif : (re)trouver la force d’œuvrer pour un monde meilleur pour humains et non-humains. C’est aussi une introduction originale au black feminism (féminisme noir) étasunien. Né au milieu du XIXᵉ siècle et monté en puissance dans les années 1970 puis 1990, ce mouvement met l’accent sur l’intersectionnalité, c’est-à-dire les effets entremêlés des discriminations — racisme, sexisme, classisme — et la nécessité de les combattre conjointement.
C’est cet héritage que revendique…
Auteur: Émilie Massemin

