Michaël Fœssel enseigne la philosophie politique à l’École polytechnique. D’abord spécialiste de Kant, il a donné une dimension plus engagée à son œuvre. Dans Récidive. 1938 (PUF, 2019), tout en refusant le poncif de la « répétition des années 1930 », il avait mis en lumière comment la République française avait « prétendu se défendre en empruntant les armes de ses adversaires les plus acharnés ». Il analyse dans Une étrange victoire (Seuil) comment l’extrême droite actuelle adopte des postures a priori « progressistes » pour mieux en détourner l’analyse ou les objectifs. Quand le fascisme est capable de changer de visage par souci de coller à l’époque et, surtout, de ne pas perdre des voix.
Une étrange victoire. L’extrême droite contre la politique, Michaël Fœssel et Étienne Ollion, Seuil, 2024, 188 pages, 19 euros.
Peut-on parler de fascisme quand l’extrême droite d’aujourd’hui a tout d’« étrange », dites-vous, par rapport à sa propre histoire – comme lorsqu’elle défend Israël, la laïcité ou d’autres sujets qu’elle a toujours voués aux gémonies ? Et vous écrivez que cette « étrangeté » participe même de sa « victoire » culturelle ou idéologique.
Michaël Fœssel : Comme l’extrême droite d’aujourd’hui ne ressemble pas aux ligues fascistes des années 1930 (il n’y a pas de défilés militaires ni de militarisation affirmée de la société et, au moins dans son discours, il y a une valorisation de la démocratie), on en conclut qu’elle n’a rien à voir avec le fascisme d’autrefois. À partir de là, on forge des termes qui sont en deçà de la réalité, par exemple ceux de « populisme » ou d’« illibéralisme ».
Ce qui est certain, c’est…
Auteur: Olivier Doubre

