En 1977, suite à la diffusion de la « lettre ouverte pour la révision de certains textes législatifs régissant les rapports entre majeurs et mineurs », Michel Foucault est auditionné par une commission de révision du code pénal. Je reproduis des extraits du compte-rendu de son intervention.
À plusieurs reprises ces dernières semaines j’ai été sollicité au sujet de ce qui a pris le nom d’ « affaire Michel Foucault » (bien qu’il n’y ait eu matière à « affaire »), à la suite des accusations délirantes d’un essayiste de droite et de leur reprise sans vérification (voire avec complaisance).
À vrai dire, au début, il m’a semblé inutile de perdre du temps à clarifier quelques points.
Les faits en eux-mêmes semblaient tout à fait extravagants : un accusateur notoirement réactionnaire et qui n’a jamais été proche de Foucault, des dates et détails qui ne concordaient pas, l’absence de témoin, les poncifs de procès en sorcellerie (les cimetières la nuit), etc. Je pensais que des journalistes allaient rapidement interroger l’essayiste (qu’avez-vous vu ? quand ? quelles preuves apportez-vous ?) et que l’histoire allait tout aussi rapidement s’effondrer.
On retrouve des mécanismes similaires à ceux de l’« affaire Guy Hocquenghem » : la haine de Mai 68 et de la gauche, l’homophobie, l’instrumentalisation de l’enfance et de l’accusation de « pédophilie », l’obsession pour l’intelligentsia déviante et les « franc-maçonneries du vice », etc. Avec ceci de supplémentaire que l’imputation de faits était censée servir une dénonciation plus générale de l’œuvre, et qu’en retour l’œuvre devenait du même coup la preuve, le moyen de corroborer des accusations, aussi grotesques soient-elles.
Les positions de Foucault sont aisément accessibles, en particulier dans son entretien avec Guy Hocquenghem et Jean Danet, « La loi de la pudeur » (bien que la version publiée, d’abord dans la revue Recherches puis dans les Dits et écrits de Foucault, commette des erreurs d’attribution des propos par rapport à l’entretien audio diffusé – mais celles-ci sont minimes et n’affectent pas le sens général de la discussion) : il y est question des structures sociales et légales de la sexualité, du consentement et des difficultés à l’apprécier, de la parole des enfants, de l’actualité à la fin des années 1970 de certains problèmes du droit de la sexualité. Il y est aussi question de psychiatrie et de psychanalyse, de création de…
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Auteur: lundimatin

