Peut-être peut-on comprendre Israël comme une sorte de figure de Samson. Non seulement sur le plan spirituel, mais aussi dans la symbolique militaire. L’une des brigades d’infanterie de l’armée israélienne – la brigade Givati –, dont le bataillon de reconnaissance porte le nom de Shuʿalei Shimshon (les Renards de Samson), en est l’exemple. Ce nom provient du récit biblique des Juges 15, où Samson attache des torches aux queues de renards en paires et les relâche dans les champs des Philistins, déclenchant un incendie destructeur. Il est aisé de comprendre comment cette image a été reprise : des renards en paires, forcés ensemble et transformés en armes, constituent une métaphore brutalement efficace de la guerre asymétrique et du désespoir existentiel. La vengeance de Samson devient la doctrine d’Israël.
Samson naît sous une promesse : un ange révèle à sa mère que l’enfant sera naziréen, consacré à Dieu dès sa naissance, et que sa force découlera de sa chevelure, qu’il ne devra jamais couper. Dès avant sa naissance, il est choisi – et en même temps rendu étranger à sa propre condition. Il grandit, doté d’une force physique prodigieuse, mais aussi de désirs incontrôlés et d’une attirance paradoxale pour ce qui lui est hostile – notamment les Philistins, ennemis d’Israël. Il tombe amoureux de plusieurs femmes philistines, en épouse une, en rejoint une autre, puis finit trahi par Dalila. Comme s’il cherchait presque à être trahi – comme si cette trahison confirmait quelque chose qu’il pressentait déjà sur lui-même. Lorsqu’il s’endort dans les bras de Dalila, il s’abandonne. Les Philistins coupent ses cheveux, le capturent, lui crèvent les yeux et le réduisent en esclavage. Aveugle et humilié, en captivité, il supplie Dieu d’avoir une dernière fois la force. Ses cheveux ont commencé à repousser. Lors d’une grande fête philistine dans le temple du dieu…
Auteur: dev

