Sur Google, les avis des clients décrivent un hôtel certes pas exceptionnel, sans être non plus un taudis : « Chambres propres », « literie de qualité », « bon rapport qualité-prix » pour une nuit à 78 €. Situé dans une zone industrielle en bordure d’autoroute, coincé entre une boutique de tuning (« customisation »), une multitude de garages et un club de crossfit, l’hôtel se voit néanmoins reprocher par certains commentaires son environnement « glauque » et « isolé ».
Rien, en apparence, ne laisse présager que cet hôtel du Val-d’Oise accueille, au rez-de-chaussée et depuis plusieurs années, des mineurs de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Un seul indice sur la façade : quelques tee-shirts sèchent aux fenêtres du rez-de-chaussée, où sont actuellement logés 32 mineurs non accompagnés (MNA), à raison de deux ou trois par chambre.
En toquant à la porte arrière de l’hôtel, l’un d’entre eux sort, puis trois, et finalement une vingtaine. « Madame, ne restez pas dans le champ des caméras, la patronne va vous voir », préviennent-ils, inquiets, pointant le plafond du couloir. Ici, les gens qui posent des questions ne sont pas les bienvenus. Car depuis le 1er février dernier, jour de l’entrée en vigueur de la loi Taquet, le placement en hôtel des jeunes de l’ASE est illégal pour les moins de 16 ans, et doit se limiter à deux mois maximum pour les plus de 16 ans. « Une bonne intention, selon François Sauvadet, président de l’Assemblée des départements de France. Mais elle est, dans les conditions actuelles, irréaliste et inapplicable. Nous n’avons pas le choix : c’est l’hôtel ou la rue ! », prévenait-il dans un communiqué début février.
Entre 80 et 95 % des jeunes concernés sont des mineurs non accompagnés
De fait, cette pratique reste largement utilisée pour pallier l’embolie des structures d’accueil de l’ASE : le nombre total de jeunes accueillis en hôtel…
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Auteur: Youna Rivallain

