« Vous êtes communiste, monsieur Kundera ? — Non, je suis romancier. » « Vous êtes dissident ? — Non, je suis romancier. » « Vous êtes de gauche ou de droite ? — Ni l’un ni l’autre. Je suis romancier. »
Voilà les « dialogues étranges » que Milan Kundera avait avec lui-même dans Les Testaments trahis. Écrire des romans n’était pas une simple pratique d’un genre littéraire mais une attitude morale, une sagesse et un refus d’identification à une quelconque idéologie.
Né en 1929 en Tchécoslovaquie, fils d’un compositeur et professeur de musique, il gardera une passion pour cet art, s’en inspirant pour structurer la composition de ses romans. Son œuvre se caractérise par l’ironie, le refus du kitsch comme attitude existentielle, l’érotisme, la mémoire et l’oubli. Après des débuts littéraires placés sous le signe du lyrisme, Kundera opère une conversion qui sera le pilier de son œuvre. Il l’expliquera en 1979 dans un entretien à la revue québécoise Liberté : « Quitter la poésie pour la prose, ce n’était pas pour moi une simple transition d’un genre à l’autre, mais une vraie rupture. Pour moi la poésie lyrique, ce n’est pas seulement un genre littéraire mais avant tout une conception du monde, une attitude vis-à-vis du monde. J’ai quitté cette attitude. »
L’auteur de L’Insoutenable légèreté de l’être, dont l’existence fut prise dans les bouleversements de l’histoire, celle du communisme en Tchécoslovaquie, maintenait une distance envers l’art à but politique. Découvert par le public français en 1968 avec la publication de La Plaisanterie, son premier roman, préfacé par Louis Aragon, Kundera révèle sa méfiance envers tout œuvre de cet acabit. Si l’intrigue de ce roman – un étudiant praguois exclu du parti communiste et de l’université à la suite d’une blague -, assume une fonction de témoignage…
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Auteur: Benjamin Vergne

