Le 11 juin 1924, le président de la République Alexandre Millerand, élu quatre ans auparavant, démissionnait de ses fonctions. Un mois plus tôt, jour pour jour, les élections législatives avaient vu la victoire du Cartel des gauches nanti d’une majorité en sièges confortable. À la suite de la démission du gouvernement Poincaré, ultime gouvernement issu du Bloc national (à l’origine de la chambre bleu-horizon de 1919), la nouvelle majorité votait une motion de défiance contre le président de la République.
Elle lui reprochait d’avoir « soutenu une politique personnelle » ; en conséquence, reprenant la formule de Gambetta de 1877, elle lui enjoignait de « se soumettre ou de se démettre ». En cause, ses prises de position politiques, notamment le discours prononcé à Évreux le 14 octobre 1923, dans lequel il demandait encore le renforcement du pouvoir exécutif et la réduction du rôle du Parlement. Il est possible de se hasarder à établir une filiation avec le discours que prononcera en 1946 le général de Gaulle à Bayeux.
Quand la République écartait le présidentialisme
Dès son élection à la présidence, Millerand avait publiquement exprimé sa conception d’un président plus actif…
Pour Alexandre Millerand, il s’agit en quelque sorte de jouer la revanche du match de 1877. C’est l’affrontement entre deux conceptions diamétralement opposées du rôle dévolu au président de la République. En 1877, au début de la IIIe République, la crise s’était traduite par la démission de Mac-Mahon, c’est-à-dire par la victoire du législatif sur l’exécutif. Des épisodes de nature quasi identique, se dénouant de façon similaire, avaient eu lieu un peu avant, avec la démission en 1873 du président Thiers, un peu après avec celle du président Casimir-Périer en 1895. La IIIe République serait donc parlementaire, ayant su écarter les tendances…
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Auteur: Francis Daspe

