Minotaure / Andreï Zviaguintsev / 2 h 20. Sortie : 14 octobre.
Depuis Elena (2011), son troisième long métrage, la politique est présente dans les films d’Andreï Zviaguintsev sous la forme d’une description de la société russe en déréliction. Trois films plus tard, Minotaure, présenté en compétition, ne fait pas exception. Avec cette différence que la guerre, depuis le 24 février 2022, est entrée dans le quotidien des Russes. C’est précisément dans les premiers temps de l’agression décidée par Poutine contre l’Ukraine que le cinéaste a placé l’action de son nouveau film.
On pourrait s’étonner que pour porter un regard sur son pays – dans lequel il a choisi de ne plus mettre les pieds alors qu’il était à l’étranger quand la guerre a éclaté, se remettant d’un covid long – il choisisse d’adapter La Femme infidèle, superbe film réalisé en 1969 par Claude Chabrol, avec Stéphane Audran et Michel Bouquet (visible actuellement sur le site d’Arte). L’histoire d’un couple de bourgeois dont le mari soupçonne à raison que sa femme entretient une relation avec un autre homme, au domicile duquel il se rend et, ne pouvant dominer une pulsion soudaine, le tue.
Intraitable
Chez Chabrol, dans la France pompidolienne de l’époque, l’atmosphère étouffante et sordide des conventions bourgeoises et l’hypocrisie des rôles à respecter entraînent l’adultère et même le crime. Puis l’enquête policière se déroule jusqu’à son terme. Chez Zviaguintsev, c’est-à-dire dans le cadre de la société russe, il est impossible que cette même affaire se cantonne à la sphère privée.
Pas l’ombre d’un cas de conscience vis-à-vis du meurtre d’un individu ou d’une guerre criminelle menée contre un autre peuple.
On…
Auteur: Christophe Kantcheff

