Missak et Mélinée Manouchian n'ont pas besoin du Panthéon

« Ils n’ont réclamé ni la gloire ni les larmes / Ni l’orgue ni la prière aux agonisants ». Ils étaient immigrés, communistes, poètes, fous de liberté à en mourir. Le néolibéralisme, cameloteur de recettes envenimées, persécuteur de réfugiés affamés, mutilateur de gilets jaunes désarmés, quatre-vingts ans après leur exécution par les nazis, les récupère, les romantise, les réifie, les momifie, les chosifie, les mercatise, les panthéonise, les empêche de reposer en paix.

Missak Manouchian, poète arménien, né le 1er septembre 1906 à Adıyaman, Anatolie orientale, Empire ottoman. Recueilli, après les massacres de 1915 et l’assassinat de ses parents, dans un orphelinat chrétien de Jounieh au Liban, sous administration française. En 1925, il émigre avec son frère Karabet à Marseille. Il fonde à Paris plusieurs revues littéraires tout en travaillant comme menuisier, puis tourneur. En 1934, il adhère au Parti communiste français et à la section syndicale Main d’oeuvre immigrée (MOI). En 1937, il est rédacteur en chef de la revue Zangow du Comité de secours à l’Arménie. Dès le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans l’action armée contre l’occupation allemande au sein des Francs-Tireurs et Partisans – Main d’œuvre immigrée (FTP-MOI). Missak Manouchian est arrêté le 16 novembre 1943 à Evry par la police française après plusieurs semaines de filature. Il est condamné à mort avec vingt-deux autres résistants, un autre arménien, un espagnol, deux roumains, trois hongrois, cinq italiens, huit polonais, deux français. Ils sont fusillés au mont Valérien le 21 février 1944. Missak Manouchian est enterré au cimetière d’Ivry dans le Val-de-Marne aux côtés d’autres résistants étrangers. Il est brutalement arraché à ce compagnonnage du silence pour servir d’icône républicaine.

Missak Manouchian écrit une dernière lettre à son épouse, Mélinée…

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Auteur: dev