En Afrique, le mobile money – défini comme “un service transactionnel axé sur les téléphones mobiles qui peut être transmis par voie électronique en utilisant les réseaux mobiles” – a contribué à réduire la pauvreté, renforcer la résilience des ménages aux chocs et soutenir l’activité économique. Un succès qui attire l’attention des gouvernements. Une quinzaine de pays, la plupart en période de fortes contraintes budgétaires, ont introduit des taxes spécifiques sur les Services financiers numériques (SFN). Leur rendement, en moyenne de 1 à 3 % des recettes fiscales totales, reste modeste mais non négligeable pour des budgets fragiles.
En septembre 2025, le Sénégal a lui-même adopté une taxe de 0,5 % sur les paiements, les transferts et les retraits (voir tableau).
J’ai étudié la taxation des SFN en Afrique. Cette mesure ciblant trois des quatre opérations principales, soulève des questions sur les effets potentiels pour l’inclusion financière, les ménages vulnérables et l’équilibre entre transferts formels et informels.
Effets sur l’inclusion financière et les ménages à faibles revenus
Le caractère abordable du mobile money constitue un facteur central d’adoption des services. Ainsi, l’introduction de taxes spécifiques renchérit ces services et peut affecter l’inclusion financière, notamment des ménages pauvres. Ces derniers supportent un fardeau fiscal proportionnellement plus lourd, ce qui peut conduire à un retour au cash ou à l’informel.
Les expériences africaines montrent que ces taxes ont souvent un effet régressif. Au Kenya, l’instauration d’un droit d’accise en 2013 a ralenti la croissance des usages taxés, notamment les envois entre ménages, avec un impact marqué sur les foyers pauvres et nombreux.
En Ouganda, la taxe de 2018 sur la valeur des transactions a provoqué une baisse de plus de 50 % des transferts de personne à personne dès les premiers mois, avant…
Auteur: Awa Diouf, chercheure, Institute of Development Studies, Institute of Development Studies
