Maia Sandu ne prend plus de risques. À quelques jours du premier tour de l’élection qui pourrait lui offrir un deuxième mandat à la tête de la Moldavie, la présidente proeuropéenne ne se déplace plus qu’en terrain conquis. Souriante dans son long manteau gris, elle gravit ce 15 octobre le perron de la maison de la culture de Bardar, village proche de la capitale Chisinau, dont les 5 000 habitants l’ont élue comme un seul homme lors de la présidentielle de 2020. Au front du bâtiment, le drapeau européen flotte comme un mince espoir depuis déjà dix ans.
C’est devenu un lieu commun de dire que la Moldavie est à la croisée des chemins. À l’image du drapeau étoilé de Bardar, cela fait une dizaine d’années que le pays attend Godot, verrouillé entre la Russie et l’Union européenne (UE) par un entrelacs de cercles vicieux qui minent encore certaines des anciennes républiques soviétiques : pauvreté, corruption, mainmise oligarchique, faiblesse des institutions, émigration massive, dépendance énergétique et territoires séparatistes sous perfusion russe.
Les difficultés du quotidien
Quatre ans après l’arrivée au pouvoir de Maia Sandu, beaucoup de ces problèmes sont encore là. « On ne peut pas compenser en seulement quelques années celles où rien n’a été fait », reconnaît-elle devant les quelque 80 personnes venues de Bardar et des villages alentour qui l’écoutent debout dans le vestibule aux murs roses, les mains croisées comme à la messe.
« Il ne faut pas baisser les bras. Ce qui a été commencé doit être continué. » Unanimement salué par ses partenaires étrangers, l’engagement de la présidente pour l’état de droit et contre la corruption n’efface pas les difficultés du quotidien. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la crise gazière qui a suivi et l’inflation ont fait fuir les investisseurs, appauvri les Moldaves et éprouvé une économie déjà…
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Auteur: Pierre Sautreuil (envoyé spécial en Moldavie)

