Mon “capital culturel” fait-il de moi un bourgeois ?

Parce que vous avez lu quelques livres, vu quelques films, et fait une licence à la fac de Dijon, vous ressentez une sorte de honte liée à votre incroyable position de domination mêlée à une sorte de fierté inavouée pour ce qui concrétiserait votre exceptionnelle ascension sociale (vous êtes locataire et à peine au dessus du SMIC) ? On va vous décevoir : vous n’êtes pas vraiment le bourgeois que vous croyez être. Mais le fait que vous le répétiez à l’envie en dit beaucoup sur la façon dont la vraie bourgeoisie est parvenue à recomposer notre perception de la lutte des classes, à travers un “classisme” à la fois arrogant et victimaire qu’il serait possible de “déconstruire” si vous lisez les bons livres et êtes abonnés aux bons comptes Instagram.

Ce sujet nous intéresse à plus d’un titre à Frustration. Notre magazine qui existe depuis 2013 a commencé à gagner en notoriété fin 2018-2019 comme un média de lutte accompagnant le mouvement des Gilets Jaunes. Le public de Frustration était alors très proche de celui qui occupait les ronds points. Mais depuis quelques années, l’élargissement des thématiques que nous traitons et notre présence accrue sur certains réseaux sociaux (en particulier Instagram) nous a ouvert un nouveau lectorat qui nous ignorait totalement jusqu’ici : plus urbain, plus diplômé, plus « de gauche » au sens identitaire du terme, davantage militant en organisation mais pas forcément beaucoup plus fortuné – bref plus « bobo ». Jusqu’ici notre capacité à réunir ces deux lectorats faisait notre fierté plutôt que de les opposer bêtement. Le problème c’est que nous avons constaté qu’une partie non négligeable de ce second lectorat semble obsédé par une sorte de mauvaise conscience, persuadé qu’il est d’être « bourgeois » et demandant sans cesse des clés pour « se déconstruire » en tant que tel – des préoccupations bien éloignées de celles qui sont en…

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Auteur: Rédaction