13 mars 2024, peu après 10 heures du matin. Dieydi B. marche dans l’entrepôt de Clear Express. Cela fait déjà plusieurs mois qu’il travaille dans cette entreprise installée dans la zone de fret de l’aéroport Charles-de-Gaulle. Intérimaire, il enchaîne les missions d’un ou deux jours. Parfois, une simple demi-journée. Irrégulier sur le territoire depuis que la préfecture de Nanterre a refusé de renouveler son titre de séjour, il n’a pas d’autre choix que d’accepter la précarité de cette situation.
Soudain, il se fait violemment percuter par un chariot de manutention au niveau de la cheville gauche. La douleur est fulgurante. « Du sang a commencé à couler de partout, j’ai hurlé », se rappelle le quinquagénaire. La vue des photos prises à la suite de l’accident est difficilement soutenable. On y voit une jambe mutilée, ouverte sur plus de dix centimètres à plusieurs endroits, au niveau du mollet et de la cheville.
Sur le même sujet : Sepur, géant de la collecte des déchets, devant la justice pour « complicité » d’emploi de sans-papiers
La suite est un long calvaire pour l’immigré sénégalais, arrivé en France en 2001. Son opération tourne mal et sa jambe s’infecte. Il est hospitalisé près de trois mois. Aujourd’hui encore, il n’a pas retrouvé l’usage normal de son pied. « Il est foutu, tout simplement. Je boite et je ne peux plus conduire. Impossible d’embrayer », témoigne-t-il. Des conséquences dramatiques pour un boulot simple, sur le papier : recevoir des immenses palettes de colis provenant de Chine, les dispatcher sur d’autres supports plus étroits et les expédier en camion dans tout le territoire hexagonal.
Nombreux manquements
Un simple accident, la faute à pas de chance ? Il ne…
Auteur: Pierre Jequier-Zalc

