Mondialisation du capital et politiques migratoires

Extrait du livre de Saïd Bouamama : Des classes dangereuses à l’ennemi intérieur. Capitalisme, immigrations, racisme, Paris, Syllepse, 2021.

Les politiques migratoires des centres impérialistes se sont adaptées au processus de mondialisation capitaliste. Le capitalisme mondialisé centré sur la plus-value de surexploitation fonctionne, en effet, sur la base de chaînes de valeur mondiales. Un même produit final peut ainsi être le résultat de l’assemblage d’éléments provenant de plusieurs sites géographiques répartis sur plusieurs continents. Ce qui distingue les productions de la périphérie dominée et du centre impérialiste n’est pas une différence de productivité mais une différence de salaire. À productivité tendanciellement équivalente, la même force de travail sera payée différemment selon qu’elle est employée au centre ou à la périphérie. « Les thèses expliquant les écarts salariaux comme résultat du différentiel de productivité sont tout simplement “eurocentriques” ou “occidentalo-centriques” », c’est-à-dire qu’elles occultent la dimension mondiale des chaînes de valeur des principales industries ou encore qu’elles font disparaître ce qui caractérise essentiellement le capitalisme mondialisé : « Le moteur fondamental qui délimite les contours de la mondialisation de la production [est] l’arbitrage mondial du travail[1] », pour reprendre la formulation de l’économiste John Smith.

C’est à ce niveau qu’intervient la question des frontières et de la politique des frontières. Deux vecteurs existent en effet pour accéder à cette main-d’œuvre sous-payée : faire migrer la production vers la périphérie dominée ou faire migrer la main-d’œuvre vers les pays du centre. « Les économies avancées peuvent accéder à la réserve mondiale de main-d’œuvre grâce aux importations et à l’immigration[2] », résume le FMI. Avant la fameuse « mondialisation », c’est l’immigration qui était le vecteur principal et l’externalisation qui était le vecteur secondaire. Depuis, c’est l’inverse. C’est en prenant en compte cette inversion que l’on peut saisir la logique des nouvelles politiques migratoires. Trois dimensions clés de ces politiques migratoires de l’âge de la mondialisation peuvent être formalisées : 1) la forteresse avec sa fonction de fixation de la force de travail à la périphérie pour les besoins des délocalisations ; 2) l’immigration choisie et sa fonction de captation des forces de travail très…

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Auteur: redaction

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