Le phénomène de concentration capitalistique des médias vire au monopole dans certains secteurs de l’information. Concernant le journalisme économique, un constat suffit à mesurer l’ampleur du désastre : la quasi-totalité de la presse économique est aujourd’hui détenue par le milliardaire Bernard Arnault et son groupe LVMH.
Propriétaire du seul quotidien économique de France, Les Échos, depuis 2007, Bernard Arnault a avalé en 2025 plusieurs « gros » titres de l’information économique, accélérant cette concentration qui tend aujourd’hui au monopole. En juillet 2025 d’abord, LVMH annonce le rachat de Bey Médias, la structure de Nicolas Beytout qui éditait le quotidien L’Opinion (lancé en 2013 avec, déjà, le soutien financier du groupe de luxe) et le journal d’information financière, L’Agefi. Puis, en décembre 2025, Bernard Arnault concrétise une arlésienne et met la main sur les Éditions Croque Futur, qui éditent entre autres le magazine de « son ami » Claude Perdriel, Challenges.
Si le rachat de Bey Médias se déroule sans accroc – Nicolas Beytout a été PDG du groupe Les Échos –, celui de Challenges, dont LVMH était déjà pourtant un actionnaire important, ne va pas sans polémiques et recours judiciaires. RSF et les syndicats de journalistes (SNJ et SNJ-CGT) saisissent en référé le Conseil d’État, brandissant « l’article 22 du règlement européen » relatif au contrôle des concentrations ; en parallèle, les syndicats de journalistes saisissent l’Autorité de la concurrence pour « abus de position dominante ». Mais le 18 mars 2026, le Conseil d’État rejette leur requête : « Aucun texte ne donne, en l’état actuel du droit français, compétence à une quelconque autorité, notamment pas à l’ARCOM, pour évaluer les effets d’une cession […] sur le pluralisme des médias et l’indépendance éditoriale », explique la haute autorité…
Auteur: Jérémie Younes

