Montée des eaux : un repli inévitable mais des outils juridiques introuvables

[3/4 Une montée des eaux critique] Déjà affectés par l’élévation du niveau de la mer, les littoraux français vont devoir s’attendre à pire. Quelles sont les zones les plus à risque ? Que projettent les scientifiques ? Comment la France s’y prépare-t-elle ?

• Volet 1 : Hauts-de-France, Lacanau, Camargue… la montée des eaux devient critique
• Volet 2 : Montée des eaux en France : les prévisions alarmantes des scientifiques
• Volet 4 : Face à la montée des eaux, s’adapter plutôt que bétonner


Ne plus se protéger à tout prix. Telle est la logique véhiculée par l’État face aux risques de submersion et d’érosion sur les littoraux français. Depuis plus de dix ans en effet, stratégies nationales, appels à projets et rapports ministériels encouragent à la réflexion sur l’éventuelle « relocalisation » d’installations situées sur des zones à risque.

« Pour ce qui est de l’érosion, il y a de plus en plus de consensus pour dire que les protections sont, de toute façon, une mauvaise option à moyen ou long terme, parce qu’elles accentuent le phénomène ou le décalent dans l’espace », explique Jill Madelenat, chargée d’études au sein du groupe de réflexion La Fabrique écologique et autrice d’un rapport sur l’adaptation du littoral au changement climatique. Il ne s’agirait pas d’abandonner du jour au lendemain toutes les constructions du littoral, mais de réfléchir aux meilleures options en matière de coûts et de bénéfices à long terme.

Pourtant, aucun projet d’ampleur de repli ne s’est jusqu’ici concrétisé. « Pendant soixante-dix ans, on a laissé entendre aux élus qu’on pourrait lutter contre la nature et que l’ingénierie serait salvatrice, dit Stéphane Costa, chercheur au CNRS LETG, rattaché à l’université de Caen, et coprésident du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) normand. Aujourd’hui, on leur dit qu’on ne va pas pouvoir tenir. Mais pour eux, c’est techniquement difficile à gérer, politiquement destructeur et financièrement très compliqué. »

La dune d’aval à Wissant (Pas-de-Calais) s’érode, faisant craindre pour le quartier d’habitation qui se trouve derrière. © Héloïse Leussier/Reporterre

Les seules évacuations qui ont été réalisées ces dernières années l’ont été dans l’urgence. À la Faute-sur-Mer, en Vendée, plusieurs centaines de maisons ont été démolies après le passage de la tempête meurtrière Xynthia en 2010. Ces dernières années, des…

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Auteur: Héloïse Leussier Reporterre

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