Comme on le sait, de nombreuses villes connaissant des processus de gentrification (c’est-à-dire d’appropriation de certains quartiers anciennement populaires par des ménages de classes moyennes et/ou supérieures) rechignent à reconnaître cette réalité, qu’elles encouragent parfois tout en en déplorant certaines conséquences. Ce déni ne semble pas épargner la ville de Montreuil en petite couronne parisienne. On ne peut de ce fait que l’encourager à prendre connaissance de l’ouvrage « Montreuil : une banlieue encore populaire », le premier à offrir une vue d’ensemble de l’histoire de la ville du milieu du XXème jusqu’à aujourd’hui – et à s’interroger par la même occasion sur les limites d’une rhétorique trop souvent réduite à vanter avec satisfaction le « vivre ensemble » et la « mixité sociale ». Tout en mettant en lumière les transformations de la ville sur plusieurs décennies, cet ouvrage offre justement des pistes pour interroger les modèles politiques issus de l’ancienne banlieue rouge.
Évoquer la ville de Montreuil, Seine-Saint-Denis, dans des conversations ordinaires peut susciter des réactions tout à fait contrastées : entre l’irritation, pour certains jeunes Franciliens, de ne pouvoir s’y loger en raison de la très forte augmentation des prix de l’immobilier et la satisfaction qu’expriment souvent les Montreuillois.
Nombreux sont ses habitants qui apprécient l’environnement d’une commune proche de Paris, desservie par plusieurs lignes de métro, et qui offre un riche ensemble d’équipements sociaux et culturels. La réputation d’une ville accueillante, vivante, voire branchée, où résident de nombreuses personnalités du cinéma, a en outre largement entamé le stigmate de la « banlieue » à laquelle elle a pu être longtemps associée. Branchée et… « gentrifiée » !
Le mot est lâché, qui désigne une réalité incontestable, présente dans les débats…
Auteur: Sylvie Tissot et Jean-Pierre Lévy
