Comment s’orienter dans l’actuel mouvement contre la réforme des retraites ? S’agit-il d’ailleurs d’un mouvement, d’une répétition sans entrain ou du prélude à quelque chose de plus audacieux ? Dans la continuité d’autres analyses et généalogies publiées ces dernières semaines, quelques astronautes nous ont transmis leur feuille de vol.
Beaucoup de choses ont déjà été dites sur le mouvement contre la réforme des retraites. À une semaine de la date-clé du 7 mars à Paris, ce texte prend le parti de parler de la situation, et uniquement de la situation, depuis ses impensés et ses angles-morts politiques, avant d’en tirer un certain nombre de lignes stratégiques. La tristesse, l’ennemi, notre époque, le travail, la révolution. Prendre du recul, juste pour prendre l’élan suffisant. Et si l’écart entre ce qu’est le mouvement et ce qu’il devrait être tenait à la difficulté collective à y projeter ce qu’il y a de plus urgent politiquement aujourd’hui ? Peut-on attendre plus longtemps avant de poser les questions qui sont les nôtres ?
La seule idée raisonnable, c’est la révolution. La priorité absolue aujourd’hui est de pouvoir reparler de révolution, de la rendre entendable, parlable et praticable. Pourquoi on n’y arrive pas ?
Les limites du fado
Le mouvement des retraites tourne autour du pot parce que toute une génération politique tourne autour du pot, passe à côté d’elle-même. On tourne en rond, on piétine dans l’infra-politique, et accessoirement on passe à côté de nos destins. On connaît encore de la joie, de l’ivresse, mais qu’elles soient à mettre au crédit du monde passé les dissout illico dans la mélancolie. Au contraire, la joie dans ce qu’elle a de plus vivace est comme un acompte versé par le futur. OR CONTRE TOUTE ATTENTE ON A UN FUTUR : POUR PEU QU’ON REFUSE CE MONDE QUI N’EN A PAS. Dans l’insondable mélancolie occidentale, dans la bande-son contemporaine, vibre ce que Fernando Pessoa entendait dans le fado : « C’est la fatigue de l’âme forte, le regard de mépris vers le Dieu en qui on a cru et qui nous a aussi abandonné. » Ce Dieu, dans le Portugal déçu d’autrefois comme dans la France déçue d’aujourd’hui, c’est la civilisation. Et notre grande fatigue, même fatiguée d’elle-même, n’est jamais que la forme de dévotion la plus tardive qu’on lui témoigne. Il est grand temps de couper court à la religion des conquistadors.
L’idée de révolution a changé
Ce n’est plus la révolution du travail et des travailleurs, celle qui renversa en son temps la révolution bourgeoise….
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Auteur: dev

