Jacques Delors disait de lui-même qu’il était « un corsaire », « un cow-boy solitaire » et « un pessimiste actif », tandis que d’autres le qualifiaient de « marginal », « anticonformiste » ou « tracassé ». « L’unité de l’homme Jacques Delors, c’est la contestation permanente de l’ordre établi », résumait cet autodidacte, parfois autoritaire (1). Au-delà des qualificatifs, Jacques Delors, qui reconnaissait avoir « une incapacité profonde à faire de la politique », se revendiquait comme « un social-démocrate », adepte du compromis et du parler vrai.
La « deuxième gauche »
Interrogé par Bernard Pivot lors d’une émission « Apostrophes » en 1976, il avait défini les contours de « sa » social-démocratie autour de « la rupture avec le capitalisme, les nationalisations, l’autogestion, l’effacement de la société méritocratique ». Quant au socialisme, il le concevait comme « une forme supérieure d’approfondissement de la démocratie ». Lui avait milité dans de petits partis – la Jeune République, défendant un socialisme chrétien et « personnaliste », dans la mouvance d’Emmanuel Mounier, et l’Union de la gauche socialiste, qui participa à la création du PSU –, avant son adhésion au PS en 1974.
De ses cheminements au sein de La Vie nouvelle, à la CFTC et à la CFDT, Jacques Delors avait tiré une doctrine, le social-delorisme, datant de la période où il était conseiller du premier ministre gaulliste Jacques Chaban-Delmas (1969-1972). À ce dernier, il attribuait la paternité du concept de « nouvelle société » mais c’est pourtant lui, l’ancien commissaire général au Plan, qui l’influença amplement. Après avoir observé les blocages de la société de l’après-Mai 68, il décela des possibilités « d’ouverture » dans « l’amélioration des relations sociales entre l’État, le patronat et les syndicats, la formation permanente et la lutte contre…
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Auteur: Corinne Laurent

