Président du groupe de médias Yomiuri et longtemps directeur de son fleuron, le Yomiuri Shimbun, premier quotidien mondial par son tirage, Tsuneo Watanabe a incarné, des décennies durant, un journalisme étroitement lié au Parti libéral-démocrate au pouvoir dans le pays. Il disparaît à presque cent ans à un moment où, au Japon comme ailleurs, cette forme de proximité entre médias et pouvoir politique est de plus en plus critiquée.
L’annonce du décès, à 98 ans, du magnat de la presse japonaise Tsuneo Watanabe, le 19 décembre dernier, est passée relativement inaperçue dans les médias francophones. Pourtant, l’influent patron du Yomiuri Shimbun – premier quotidien mondial en tirage papier avec plus de cinq millions d’exemplaires quotidiens pour son édition du matin – a joué un rôle clé dans le monde politique nippon des quarante dernières années.
Examiner le parcours de ce « shogun de l’ombre » permet d’identifier certaines grandes particularités du fonctionnement des médias japonais et de leurs rapports au monde politique.
Du journalisme de terrain au sommet de la presse japonaise
Né en 1926 à Tokyo, Tsuneo Watanabe entre au département de littérature de l’Université impériale de Tokyo en avril 1945, avant d’être enrôlé dans l’armée japonaise peu avant la fin de la guerre. Il sera démobilisé en août de la même année. Cette expérience le marque durablement et alimente sa méfiance envers l’armée et l’institution impériale, qui le conduit à brièvement adhérer au Parti communiste japonais.
Une fois diplômé, il rejoint en 1950 le Yomiuri Shimbun, journal tokyoïte au sein duquel il va gravir tous les échelons : journaliste politique en 1952 avant même que soit créé (en 1955) le Parti libéral-démocrate (PLD), la grande formation de droite conservatrice qui exercera le pouvoir au cours de la quasi-totalité des années suivantes, chef du bureau de Washington dans les…
Auteur: César Castellvi, Sociologue, maîtres de conférences en études japonaises, Université Paris Cité

