Le 15 juin, le chalutier surchargé Adriana a sombré lors de son voyage illicite de la Libye vers l’Italie, provoquant la noyade de centaines d’hommes, de femmes et d’enfants. Les Etats ont réagi en exprimant leur choc et leur tristesse, et ont entrepris de poursuivre les passeurs impliqués dans ce voyage.
La tragédie s’est produite dans les eaux de la Grèce qui a décrété trois jours de deuil et arrêté neuf des survivants, les accusant de trafic d’êtres humains. Au Pakistan, d’où proviennent des centaines de victimes, 10 trafiquants présumés ont été arrêtés.
Certains témoignages de survivants ont braqué les projecteurs sur les actions des garde-côtes grecs. À un moment donné, ses agents ont attaché une corde à l’Adriana, peut-être dans l’intention de la remorquer, ce qui aurait contribué à son naufrage.
En tant que chercheur qui s’intéresse au développement du droit international et des institutions juridiques dans la pratique de la justice transitionnelle, je suis d’avis que la focalisation sur les passeurs, ou même sur l’action et l’inaction des garde-côtes grecs, détourne l’attention de la véritable cause de la mort des migrants en Méditerranée : les politiques délibérées mises en place par les États européens et soutenues par l’Union européenne.
Affaiblissement des protections juridiques pour les migrants
À la suite des flux massifs de population qui ont accompagné la Seconde Guerre mondiale, les États européens ont adopté la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Ce document oblige les États signataires à reconnaître et à protéger les “réfugiés” et à leur accorder les droits sociaux équivalant à ceux des citoyens. Telle qu’elle a été promulguée, cette convention est très protectrice et sert de bouclier juridique pour les personnes vulnérables.
Ce bouclier a toujours eu des failles. Par exemple, tous les migrants ne remplissent pas les conditions requises pour…
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Auteur: Kerstin Bree Carlson, Associate Professor International Law, Roskilde University

