La scène reste encore aujourd’hui mythique, et elle a enterré la carrière de l’imposteur Bernard-Henri Lévy. Nous sommes en 1985, lors d’une émission en Belgique : le jeune philosophe impérialiste à la chemise ouverte était en pleine ascension, bénéficiant d’une médiatisation indécente pour étaler ses platitudes. Il reçoit soudain une tarte à la crème en pleine face, en direct. L’auteur de l’attentat pâtissier se nomme Noël Godin, dit Georges le Gloupier.
En réponse à cette farce, BHL, le visage couvert de crème, sort complètement de son personnage d’intellectuel raisonnable. Et pendant que l’entarteur est maintenu au sol par des agents de sécurité, il crie, le visage plein de haine : «Lève-toi vite, ou je t’écrase la gueule à coups de talon !» Pierre Desproges dira de cette scène qu’elle illustre «la vraie nature des cuistres». Renaud en fera une chanson. Noël Godin qualifiera sa victime de «tête à tarte par excellence». À travers cette scène, tout le monde a pu voir la lâcheté et la mégalomanie d’un personnage malfaisant qui se prend trop au sérieux.
Noël Godin, celui qui maîtrisait l’art de ridiculiser les puissants, vient de s’éteindre le 23 août 2026, après 80 ans de franche rigolade. Né à Liège, il est le fondateur d’un mouvement novateur et drôle : celui des anarcho-pâtissiers. Son slogan? «Entartons les pompeux cornichons». Son principe? Détruire l’ego des personnalités arrogantes, réactionnaires, riches, de manière non-violente mais directe. De ridiculiser les hommes de pouvoir, les intouchables, avec des tartes. De cibler à coup de crème les dominants en répandant une «anarchie joyeuse» à même de sortir de l’impuissance. Un jet de chantilly venait briser la solennité et l’image de toute-puissance.
Noël Godin était passionné de cinéma, il empruntait à l’univers du cartoon, des sketchs, aux situationnistes et à l’activisme…
Auteur: B
