L’éditeur et historien Pierre Nora, décédé lundi à 93 ans, a été le maître d’œuvre du monumental ouvrage Les lieux de mémoire, exploration en près de 5 000 pages de notre héritage collectif qui a marqué une étape clé dans l’historiographie française.
Pilier de Gallimard et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), ce lauréat du Grand prix national d’histoire 1993 a été élu à l’Académie française en 2001.
Pierre Nora, qui partagea sur le tard la vie de la journaliste Anne Sinclair, a aussi été directeur de la revue Le Débat et membre fondateur de l’influente fondation Saint-Simon, groupe dissous en 1999 visant à réconcilier le monde économique et social et les milieux politiques.
En 1984, parait La République, premiers des trois tomes des Lieux de mémoire, expression entrée, depuis, dans le langage courant. Suivront La nation en 1986 et Les France, qu’elles soient politiques, sociales ou religieuses, en 1992.
Au total, 4 760 pages rédigées par une centaine d’historiens, les meilleurs dans leur domaine, dont Georges Duby, Emmanuel Le Roy Ladurie ou Marc Fumaroli, qui ont profondément transformé le paysage intellectuel français.
« J’ai voulu étudier la mémoire nationale et, plutôt que de faire des généralités, il m’a paru plus excitant d’étudier les lieux (emblèmes, symboles, musées, archives, institutions etc.) où elle s’est condensée et exprimée », expliquait-il en 1984. « Cela n’avait pas été fait ou était épars. Rien, ou pas grand-chose, sur la Marseillaise, sur les mairies, sur les monuments aux morts… Il y avait un manque, une sorte de point aveugle d’une histoire qui ne s’était pas regardée elle-même », ajoutait-il.
Pierre Nora a fait surgir « un nouvel objet d’histoire », a résumé l’historien René Rémond, à propos de cette somme qui traite du Panthéon, du Tour de France, du Code civil,…
Auteur: La Croix (avec l’AFP)

