Mort des insectes, animaux malades… les pesticides ravagent le vivant

Les pesticides sont-ils dangereux pour le vivant ? À la demande du gouvernement, quarante-six chercheurs ont planché sur la question pendant deux ans ; ils ont compilé, comparé et analysé plus de 4 000 études. La réponse, rendue publique jeudi 5 mai, tient en trois lettres : oui, ils polluent l’ensemble des milieux et fragilisent la biodiversité. Ce constat n’est pas nouveau, mais il est désormais étayé par une solide expertise scientifique.

« Il s’agit d’un état des lieux des connaissances existantes », précise Sophie Leenhardt, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), qui a mené les travaux avec l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). La dernière expertise collective de cette ampleur remontait à 2005. L’objectif, selon Mme Leenhardt : « Éclairer le débat et l’action publique, sans donner d’avis ni formuler de recommandations. » À l’heure où l’État français se demande comment allouer les millions d’euros de la politique agricole commune, ce document apporte cependant des éléments accablants contre l’agriculture intensive.

Une contamination généralisée des écosystèmes

Le rapport met ainsi en évidence « une large contamination des écosystèmes » par les pesticides, en particulier dans les espaces agricoles. Chaque année, entre 55 000 et 70 000 tonnes de substances actives phytopharmaceutiques sont vendues sur le territoire français… dont une grande partie se retrouve donc dans l’environnement. Cette pollution « touche tous les milieux — sol, air, eau — et implique une diversité de substances, indique Wilfried Sanchez, directeur scientifique adjoint de l’Ifremer. On retrouve les substances actives des pesticides, mais également leurs produits de transformation et leurs adjuvants. »

Par exemple, le glyphosate, un des herbicides les plus vendus, est utilisé avec des additifs permettant de renforcer son efficacité ; et quand le produit se dégrade, il se crée une nouvelle molécule également toxique, l’Ampa. « On retrouve les produits phytopharmaceutiques jusque dans les mers, le long des côtes, mais aussi dans les fonds marins, note M. Sanchez. On a même trouvé du DDT [un insecticide interdit en France depuis 1972] à des centaines de kilomètres, dans les zones proches des pôles. » Maigre consolation, les produits interdits voient leur concentration diminuer peu à peu.

Les Pisseurs involontaires de glyphosate affichant la…

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Auteur: Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre

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