Le traumatisme détermine non seulement la relation au présent mais aussi la façon dont les Arméniens perçoivent leur passé. Il détermine de la même manière le langage, en générant une autocensure du langage. En effet, les interlocuteurs ne prononcent jamais le mot « génocide », qui a une connotation puissante d’opposition à l’égard du gouvernement turc. Dans leurs discours, le terme génocide est parfois remplacé par « massacre » (en turc : kesim), parfois, par « les évènements » (olaylar), ou par « déportation » (becayiş, en arménien aksor), ou encore « catastrophe » (felaket, en arménien yeghern ou aghed). Ils utilisent le plus fréquemment le terme de Medz Yeghern qui signifie littéralement la « Grande Catastrophe » (ou bien le grand crime, le grand mal).
Au tout début, vers 1919, le nom utilisé pour qualifier l’événement était plutôt Yeghern, qui dans sa forme commune signifie plus ou moins « pogrom ». Par ce mot, on désignait la série programmée de massacres de 1895 en Anatolie orientale et ceux de 1909 dans la région d’Adana. Kesim est le plus souvent utilisé par les Arméniens turcophones anatoliens. Dans le contexte familial, par contre, le nom le plus courant est aksor, qui, en tant que nom commun signifie « exil » ou « déportation » [2]. C’est, avec Medz Yeghern, le terme qu’utilisent le plus souvent les Arméniens stambouliotes. Les villageois venus d’Anatolie, majoritairement turcophones, parlent eux, de becayiş, qui désigne en turc la déportation.
Le philosophe Marc Nichanian propose le terme Aghed, qui est apparu en 1931. À cette période, à Chypre, vivait l’écrivain Hagop Ochagan. Ce dernier, auteur de l’œuvre Mnatsortats (Ce qui reste ou Les Rescapés) n’allait pas tarder à être perçu comme le plus grand écrivain de langue arménienne du XXe siècle. C’est lui qui le premier nomme…
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Auteur: Nazli Temir Beyleryan

