Mourir à Romainville

Nulle part il ne fait bon être pauvre quand l’usage est de réprimer les populations les moins nuisibles ; on le sait, pour peu qu’on ait des yeux. Mais les difficultés de la vie ne suffisent pas, il faut, semble-t-il, y ajouter l’humiliation des morts, quand ils étaient désargentés et leur famille pareillement sans ressources.

« Comment savez-vous si la Terre n’est pas l’enfer d’une autre planète. »
Aldous Huxley, Contrepoint.

J’évoquerai donc le cas d’un ami retrouvé mort chez lui au mois de mai dernier. Chez lui dans un son petit appartement de Romainville. Un corps inerte évacué vers un centre médico-légal, une autopsie qui révèle une mort naturelle. Un corps oublié qui s’attarde et de vétilleuses négociations conduites par les services municipaux de Romainville afin de déterminer l’insolvabilité ou pas de la famille. Car il s’agit de décider du sort de ce mort, celui dont les funérailles n’ont pas été programmées (financées) de son vivant  : pas de caveau réservé, pas de contrat d’assurance obsèques, pas d’anticipation, comme quand on n’a pas les moyens d’anticiper. Et c’était bien le cas. D’aucuns qui vont très bien, on les connaît, pourront toujours dire aussi que les pauvres sont inconséquents… Toujours est-il que les tracasseries n’ont pas manqué, en vue de vérifier que la famille indigente n’a effectivement pas les moyens de payer. L’obligation légale existe, on le sait, pour chaque municipalité, de prendre en charge l’inhumation de ses administrés quand ceux-ci ou leur famille sont sans ressources recouvrables . Tracasseries qui se sont déployées sur des semaines et des semaines, jusqu’à ce jour de fin juin où la famille, qui attendait qu’on lui indique une date pour cette inhumation et régulièrement s’en enquérait, apprend qu’elle a eu lieu déjà, donc sans qu’elle en fût avertie. Ainsi, le délai de quatorze jours…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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