Le meurtre de l’influenceuse mexicaine Valeria Márquez en plein jour lors d’une émission en direct à Zapopan n’est pas un événement isolé. Il est le symptôme visible d’un ordre contemporain où convergent le crime, la célébrité, la féminité et le spectacle. Au Mexique, pays marqué par la violence structurelle et la narcoculture, la spectacularisation de la mort ne se produit plus seulement dans les médias traditionnels, mais aussi sur l’écran du téléphone portable. Des influenceurs assassinés, des vidéos virales d’exécutions, des célébrités numériques qui disparaissent ou sont exécutées en direct : tout cela témoigne d’un régime de visibilité où la mort a été pleinement intégrée au divertissement et à la punition. Cet article propose une lecture critique du phénomène basée sur une articulation entre féminicide, spectacle, nécropolitique et économie numérique. Traduction d’Alèssi Dell’ Umbria
Du moi spectaculaire au cadavre viral
Au cours des deux dernières décennies, les réseaux sociaux ont profondément reconfiguré la manière dont les individus construisent et vivent leur identité. Paula Sibilia (2008), dans son étude ’Intimité comme spectacle’, montre comment le sujet contemporain est produit pour le regard des autres, gérant sa vie quotidienne comme une performance constante. Le moi n’est plus caché, il est exhibé. Il est raconté, édité, monétisé. Le corps, en particulier le corps jeune et féminin, devient un contenu. Dans ce contexte, être un influenceur n’est pas simplement une carrière, mais une exposition incessante du soi en tant que marchandise.
Lorsque Valeria Márquez a été tuée lors d’une émission sur TikTok, son corps était déjà complètement immergé dans cette logique. La caméra qui l’a accompagnée dans sa vie l’a également enregistrée dans son agonie. L’émission n’a pas été interrompue, elle a simplement changé de ton : du…
Auteur: dev

