POURQUOI CETTE FABLE CONTINUE
Certains me reprochent la simplicité de cette fable. « Des chats et des souris, c’est trop binaire.
» Peut-être. Mais c’est justement là toute la nécessité d’une fable : amplifier les traits pour mieux saisir le réel dans sa crudité.
Un chat peut feindre d’être souris. Une souris peut se croire chat. Mais structurellement, dans l’ADN de leurs rôles : ils demeurent prédateurs et victimes.
Cette fable répond à la question que tous murmurent dans les terriers : Pourquoi continuons-nous à élire des chats, en toute connaissance de cause ?
Si vous ressentez de l’inconfort à la lecture de ce texte, trop peu accommodant avec nos réalités, ce n’est pas parce qu’il manque de nuance. C’est parce qu’il nomme ce que nous préférons ne pas voir — ni même espérer comprendre. Il y va de notre équilibre. Nos consciences sont si vulnérables.
LE PORTRAIT PARFAIT D’UNE SOURIS BIEN ÉDUQUÉE
Dans Mouseland, il existe une catégorie particulière de souris. Pas les rebelles. Pas les dissidentes. Ces souris inadéquates sont rares, épuisantes, souvent isolées. Nous en avons déjà relaté les parcours.
Ici, je parle de leur parfait opposé : les souris bien éduquées.
Celles qui passent les obstacles sans faille, en un sursaut agile. Toujours sages, disponibles au moindre commandement. Corvéables et courageuses, mais pas recyclables à l’infini – car leurs tâches exigent du savoir-faire pour plaire aux chats.
Ces souris ont suivi le cursus. Obtenu leurs diplômes. Elles connaissent les règles, les lois, les protocoles. Elles savent parfaitement comment fonctionne l’écosystème.
On leur a enseigné que les chats sont là pour une raison. Que les lois félines servent l’intérêt général. Que l’ordre établi est l’ordre naturel.
Et elles ont appris la leçon. Parfaitement.
Elles se prêtent docilement au jeu. Instruites, certes. Savantes, même. Mais surtout, elles savent ne pas…
Auteur: Cassandre G

