Depuis plus d’une semaine, une révolte d’une très grande ampleur gagne le pays – chose assez rare en période de campagne présidentielle. Elle s’ajoute aux nombreuses autres que nous avons connues ces dernières années avec beaucoup de similitudes : un mouvement incontrôlable, qui dépasse les vieilles organisations de gauche hiérarchiques et institutionnelles, avec le recours à des formes d’action directe et, en contrepoint, une répression absolument délirante. Si cette mobilisation lycéenne s’ancre dans des préoccupations matérielles très concrètes, il est aussi évident qu’elle coagule une colère aux motivations bien plus larges, ce qui permet à des segments toujours plus variés de la population de s’y reconnaître et bientôt…de la rejoindre.
Les causes de la colère : des conditions d’études pourries pour se préparer à vivre dans un monde pourri
Un mouvement de cet ampleur ne se limite jamais à une revendication unique (et c’est tant mieux). La révolte lycéenne s’explique en partie par des motifs matériels : le bâti vieillissant qui fait que les élèves ont froid l’hiver et subissent de plein fouet la canicule l’été, avec des équipements vétustes, des volets qui ne fonctionnent pas, des portes de toilettes qui ne ferment pas, des fils électriques qui pendent, un nombre ridicule de WC par rapport au nombre d’élèves, des rats, une insuffisance de tables, des plafonds qui tombent ou qui laissent passer la pluie, des chaises cassées, des inondations… Mais aussi des emplois du temps surchargés avec des journées de parfois 10 heures ou sans pause déjeuner (résultat d’une accumulation de réformes stupides), un manque criant de personnel (professeurs, assistants sociaux, infirmiers…), l’absurde système de Parcours Sup qui fait que des dizaines de milliers de bacheliers se retrouvent sans affectation, les très fortes inégalités entre les lycées de bourgeois et ceux des quartiers…
Auteur: Rob Grams
