« Ils ne vont pas l’embarquer parce qu’il a un caddie, quand même ? » À quelques mètres du lycée du Bourget (Seine-Saint-Denis), Agathe*, professeure dans le collège voisin, s’inquiète pour deux jeunes encerclés par la police nationale, alors qu’ils se rendaient au blocage de leur lycée ce matin-là. Sur la vidéo qu’elle filme ce mardi, jour de l’acte III du mouvement lycéen, un agent lui répond : « Madame, il y a un officier de police judiciaire qui est qualifié qui nous a dit de les ramener… » « Ne leur parle pas », le coupe un collègue. Après une garde à vue (GAV) de 24 heures, prolongée une fois, les deux mineurs viennent de sortir du commissariat, ce mercredi soir. Ils seront jugés en décembre, uniquement pour avoir refusé de donner le code de leurs téléphones en garde à vue.
Dans son allocution du 7 octobre au soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu n’a annoncé aucune mesure ni politique nouvelles en réponse au mouvement lycéen. Le gouvernement se mure dans sa réponse policière et pénale. En moins de deux semaines, 6547 jeunes ont été interpellés dans le cadre du mouvement lycéen, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur communiqués avant la nouvelle manifestation du 8 octobre. L’immense majorité sont des mineurs (87 %). À titre de comparaison, pendant les six premiers mois du mouvement des Gilets jaunes, près de 12 000 personnes, adultes, avaient été interpellées.
Des avocats et avocates s’inquiètent de cette situation. « Il y a selon moi un recours assez abusif aux interpellations, dont le motif n’est pas toujours très clair. Or, pour placer en garde à vue, il faut interpeller sur la base d’un délit présumé et passible d’emprisonnement », cadre Clothilde Legros, avocate pénaliste au barreau de Paris et membre du Collectif d’action judiciaire. L’avocate décrit, au lieu de cela, des « interpellations hasardeuses » qu’elle interprète…
Auteur: Maïa Courtois
