Lundi 28 septembre, France 2 consacre dans le JT de 20h son tout premier sujet au mouvement des lycéens qui a pourtant démarré depuis plus d’une semaine. D’emblée, Jean-Baptiste Marteau pose un cadre : « Dans l’actualité également, la colère des lycéens… et le ton monte entre le gouvernement et La France insoumise… » Le journal télévisé n’a pas encore dit un mot du mouvement mais on comprend qu’il n’en dira pas grand-chose : à peine évoquée, « la colère des lycéens », ce qui constitue déjà une dénomination réductrice et déformante, est révoquée. Le vrai sujet est ailleurs, dans « le ton [qui] monte entre le gouvernement et La France insoumise ».
Le court reportage ainsi introduit tient toutes ses promesses. Après une minute trente, parole à Laurent Nuñez, puis à Jean-Luc Mélenchon pour le démenti. Résultat : près de la moitié du sujet est consacré à la question de savoir si LFI « incite » les lycéens à bloquer – et pas le moindre mot sur les revendications qu’ils portent.
Tout au long de la semaine, ce cadrage ne va faire que se resserrer. Le tout premier article du Monde sur le mouvement (28/09) était d’ailleurs anglé de la même façon. Le mouvement social est-il un vaste complot de LFI et de « l’ultra-gauche » ? La question obsède les plateaux et les journaux, et tous les registres sont employés pour l’explorer : reprises en écho inextinguibles de déclarations politiciennes tonitruantes, Gabriel Attal sur Europe 1 (30/09), Édouard Geffray sur RMC (28/09) ou encore Valérie Pécresse, dans une tribune enflammée pour Le Point (28/09) (« Non, Monsieur Mélenchon, nos jeunes ne sont pas de la chair à canon électorale ») ; graves chroniques des meilleurs éditorialistes, Ruth Elkrief (LCI, 30/09), Renaud Dély (France Info, 02/10), Antoine Oberdoff (L’Opinion, 02/10), etc. ; gardes à vue télévisuelles et radiophoniques pour les…
Auteur: Florent Michaux, Jérémie Younes
