Une poignée de minutes après 20 heures et déjà, un récit qui s’impose dans les médias. Les résultats du second tour des municipales illustreraient l’existence d’un véritable « front anti-LFI ». En témoignent, selon les discussions de plateaux, les échecs à Limoges ou à Toulouse. Une analyse que rejette le chercheur Stefano Palombarini, coauteur de L’illusion du bloc bourgeois. Alliances sociales et avenir du modèle français (Raisons d’Agir, 2017). Pour lui, l’enseignement principal du scrutin est une union des droites, dans les urnes.
Quel est votre regard sur les résultats du second tour des municipales, notamment sur les discours qui émergent concernant l’existence d’un « front anti-LFI » ?
Stefano Palombarini : Pour moi, c’est une erreur de parler de « front anti-LFI ». En effet, cela opère une analogie avec la notion de « front républicain » alors que les mécanismes à l’œuvre sont très différents. Dans le front républicain, il y a l’idée que des électorats qui ne partagent absolument pas les mêmes idées et les mêmes aspirations votent ensemble pour faire barrage. Or, quand on regarde les données, je ne pense pas que ce soit ce mécanisme au second tour des municipales.
Pour moi, il y a un mouvement de fond qui n’a rien à voir avec LFI : c’est le rapprochement entre les différentes droites. L’ancienne droite dite « républicaine » s’approprie, depuis des années, les thèmes de l’extrême droite (immigration, insécurité, etc.). En face, le Rassemblement national essaie de se normaliser, notamment en se libéralisant sur le plan économique (ils ont abandonné la sortie de l’euro, par exemple). Désormais, l’extrême droite veut être hégémonique dans l’espace des droites, et l’assume alors que, pendant longtemps, le FN puis le RN refusaient de se positionner sur l’axe gauche-droite,…
Auteur: Pierre Jequier-Zalc

