Pendant trop longtemps, l’Afrique a exercé son pouvoir de manière défensive : gérer les attentes, préserver la stabilité, réagir aux pressions extérieures. Le continent a reproduit les systèmes politiques d’autres pays et privilégié des choix économiques visant surtout à honorer ses obligations extérieures, comme le remboursement de la dette.
Cette posture était compréhensible au lendemain des indépendances des africaines. À l’époque, le monde était marqué par les contraintes de la guerre froide et par les conditions imposées par les bailleurs de fonds, notamment à travers les programmes d’ajustement structurel.
Mais nous sommes aujourd’hui dans une période différente. L’ordre international évolue rapidement. Le multilatéralisme s’effrite. Ceux qui faisaient les règles les contournent désormais. Par exemple, celles de l’Organisation mondiale du commerce ne sont plus respectées, tandis que le droit international est remis en question par les puissances mêmes qui ont contribué à la façonner.
Le discours sur « l’ordre » s’est effondré pour laisser place à une lutte pour la survie et l’influence. Les principaux moteurs de la création de valeur (la transformation des ressources brutes en biens plus précieux) sont concentrés dans quelques pays puissants. Ils utilisent leur influence pour imposer des règles aux pays plus vulnérables sur des questions aussi diverses que les régimes fiscaux, le contrôle des données ou la taxonomie verte (qui définit ce qui est un investissement vert).
Je suis économiste spécialisé dans le changement climatique et la gouvernance, avec une longue expérience au sein des Nations unies et de l’Union africaine. Je pense que ce désordre ouvre une brèche suffisamment large dans le système pour permettre l’émergence de…
Auteur: Carlos Lopes, Professor at the Nelson Mandela School of Public Governance, University of Cape Town
