Alexeï Navalny ne sera pas Mandela. En rentrant à Moscou, en 2020, après avoir échappé à une tentative d’empoisonnement, l’opposant russe s’est peut-être mépris sur la détermination de Vladimir Poutine, qui préparait son invasion de l’Ukraine. Avec la guerre, l’autocrate, comme on le nommait pudiquement, est devenu dictateur. Navalny croyait écoper de quelques années de prison qui lui auraient conféré la légitimité du libérateur, mais Poutine n’emprisonne pas ses opposants les plus redoutables ; il les assassine. On imagine que ses services ont donné le coup de pouce qu’il fallait pour achever un homme de 47 ans, déjà affaibli par des conditions de détention inhumaines, dans la colonie pénitentiaire IK-3, un enfer glacé situé au-delà du cercle polaire.
Même imparfait à l’aune de nos valeurs, Navalny est une sorte de héros.
On ne sait ce que Navalny serait devenu. Mais tel qu’il fut, il mérite infiniment le respect. On peut toujours instruire le procès du nationaliste, coupable jadis de dérapages xénophobes, mais nous sommes dans la Russie de Poutine et de Staline, un pays qui n’a connu que la dictature, la police politique, les procès truqués et les malfrats à la solde du régime. Il n’y a pas à cela de fatalité consubstantielle au peuple russe, mais le tragique de l’histoire. Même imparfait à l’aune de nos valeurs, Navalny est une sorte de héros. Aujourd’hui encore, il faut beaucoup de courage à ces gens qui, depuis l’annonce de sa mort, vont déposer une fleur en un lieu de mémoire, comme le pont Bolchoï de Moscou, où fut abattu en 2015 Boris Nemtsov, lui aussi figure de proue de la résistance. Un autre, ou une autre, prendra la relève.
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Auteur: Denis Sieffert

