« Naza », ou ce qu’Israël ne veut pas voir

Le voilà donc ce documentaire qui met en rage Netanyahou et ses ministres. Ses auteurs sont de dangereux récidivistes. La cinéaste israélienne Rachel Szor et le journaliste israélien Yuval Abraham avaient, en 2024, réalisé avec les Palestiniens Basel Adra et Hamdan Ballal, No Other Land qui témoignait de la barbarie des colons en Cisjordanie. Cela avait valu à Hamdan Ballal d’être passé à tabac par ces voyous. Cette fois, c’est de Gaza dont il s’agit. Mais pas d’images, et pour cause, puisqu’Israël a, depuis le 7 octobre 2023, interdit l’accès du territoire palestinien aux journalistes indépendants. Des mots, juste des mots, mais d’une force incroyable. Ceux qui les prononcent savent de quoi ils parlent. Ce sont vingt-quatre officiers ou agents de renseignement qui ont eux-mêmes tué, beaucoup tué, dans l’enclave palestinienne. « Des milliers », avoue l’un d’entre eux.

Pour les donneurs d’ordres, « il n’y a pas d’innocent à Gaza », confesse l’un des militaires.

Le titre du documentaire, Naza, est l’acronyme hébraïque de « dégâts collatéraux ». C’est aussi cyniquement l’unité de compte qui situe le niveau de « performance » de chacun. Le mot Naza est en soi un paradoxe. Car lorsque les victimes civiles se comptent par dizaines de milliers, peut-on encore parler de « dégâts collatéraux » ? Quand elles sont devenues délibérément les cibles des bombes au prétexte qu’il n’est plus question de distinguer entre un militant du Hamas, sa famille et ses voisins, il n’est plus temps de faire le détail. D’ailleurs, pour les donneurs d’ordres, « il n’y a pas d’innocent à Gaza », confesse l’un des militaires.

Les deux documentaristes ont opéré selon une disposition scénique qui dit tout de l’état d’une démocratie israélienne à l’agonie. La parole est recueillie dans l’anonymat de la nuit, sur le toit d’un…

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Auteur: Denis Sieffert