Après l’adoption de la réforme des retraites grâce à l’utilisation de l’article 49-3, le mouvement qui s’y oppose a trouvé un second voir son premier. Multiplication des blocages, actions coup de poing et propagation des manifestations sauvages. Pourtant et comme souvent, à force de se répéter, les formes finissent par tarir leur propre puissances, l’annonce faite par l’intersyndicale d’une nouvelle journée de mobilisation 10 jours après la dernière a été perçue par beaucoup comme une manière peu discrète de faire ralentir le mouvement jusqu’à son arrêt définitif. Nous avons reçu ce texte sous forme de tract qui fait en tous cas le pari inverse : persister, approfondir et enrichir le conflit en cours.
Nous sommes passé·es en force. Face au défaitisme, face à un gouvernement qui mise sur le pourrissement, face à une intersyndicale qui cherche à reprendre en mains les explosions de colères qui peinent à se coordonner, le « mouvement social » a prouvé sa force, son expressivité, sa créativité ; mais il lui manque encore un nom et une image qui dépasse les vieilles représentations.
Avec 79% des ouvrier·es et une majorité de français·es souhaitant le durcissement du mouvement, il est scandaleux que nous peinions encore à nommer ce qui se passe. Le risque est grand de voir cette force s’essouffler avant de se déployer complètement. Le battage médiatique ne vise pas tant à nous discréditer qu’à donner un vocabulaire et une légitimité morale à ceux qui souhaitent rétablir l’ordre et réhabiliter le vieux cadre syndical qu’il nous a fallu dépasser. Tous les adversaires du conflit social ne se sont pas encore dévoilés.
L’intersyndicale comme la gauche parlementaire préféreront toujours le pourrissement et la défaite négociée à une victoire sauvage qui les priverait de leur rôle d’interlocuteur légaliste. C’est pour cela qu’elles sont plus pressées de parler de violences policières que de victoires émeutières, et qu’elles épuisent les voies légales contre le texte en sachant pertinemment que cette étape de la bataille est perdue depuis longtemps : il leur faut temporiser pour calmer l’émeute avant qu’elle ne se structure, que la rue se donne forme, nom et idées.
Il s’agit peut-être de notre dernière chance de construire une réelle opposition au régime et aux crises qu’il va connaître : crise climatique grave qui ne fera qu’accentuer la conflictualité sociale, menace remuante de l’extrême droite qui ne tardera pas à engager une stratégie de la tension si le pourrissement…
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Auteur: dev

