S’adapter en permanence, surveiller ses gestes, ses mots, ses réactions. Pour de nombreuses personnes neurodivergentes, les interactions sociales ne relèvent pas de la spontanéité, mais d’un effort constant pour répondre aux normes sociales dominantes. Si l’incompréhension n’est pas à sens unique, l’adaptation demeure largement unilatérale. Ces ajustements invisibles épuisent, fragilisent et accroissent l’exposition aux violences.
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Le modèle déficitaire a profondément structuré les représentations sociales de la neurodivergence. En situant l’origine des malentendus du côté des seules personnes concernées, il a contribué à naturaliser des normes interactionnelles spécifiques, tout en invisibilisant leur caractère situé.
Le précédent volet de ce dossier montrait que la souffrance psychique des personnes neurodivergentes ne peut être comprise indépendamment des conditions sociales dans lesquelles elle se développe, tandis que dans le premier volet, le propos se concentrait sur une différence pathologisée sous contrainte sociale.
Le présent texte propose de prolonger cette analyse en s’intéressant aux interactions elles-mêmes : non plus comme des difficultés individuelles, mais comme des espaces de décalage, de contraintes et d’ajustements inégalement répartis.
Les limites du modèle déficitaire
Les difficultés interactionnelles associées à l’autisme ont longtemps été interprétées à travers le prisme d’un déficit en « théorie de l’esprit », c’est-à-dire d’une capacité supposément altérée à attribuer des états mentaux à autrui (comprendre les intentions/émotions des autres). Pourtant, cette lecture présente des limites.
Une méta-analyse en neuroimagerie publiée en janvier 2026 dans PsyCh Journal remet en cause l’idée d’un déficit chez les personnes autistes : si certaines études rapportent un taux d’erreur plus élevé par…
Auteur: Elena Meilune

