Je me rétablissais doucement du Covid lorsque ma responsable de l’époque, après trois semaines sans contact, m’envoyait ce SMS tendre et amical (ci-dessus) pour me souhaiter une bonne reprise. Touchée par sa douceur, je mis mes notes d’entretien à sa disposition sur-le-champ, en remerciant intérieurement mon entreprise de me faire travailler chaque jour avec des personnes aussi empathiques et conciliantes.
“Ni bonjour ni merde”, le privilège des puissants
La politique du “ni bonjour ni merde”, comme dit ma mère, c’est quasiment une norme dans certains milieux professionnels. De ce que j’ai pu observer, le peu de prise en compte des problèmes des autres, ou simplement de leur existence, s’explique par une raison simple : la compassion, c’est pour les improductifs et les travailleurs sociaux. C’est pour ceux qui ne font pas de chiffre d’affaires et qui n’ont pas à faire tourner des fichiers Excel compliqués. C’est attendu pour le personnel d’accueil et de nettoyage de la boite (un standardiste désagréable, ça passe moins bien qu’un PDG odieux), mais les cadres de bureau, il faut qu’ils aient l’air occupé et important. Ils n’ont pas le temps, il faut aller en réunion, rappeler Xavier avant ce midi, déjeuner avec M. Machin, finir un rapport et faire le feedback de la réunion d’hier. Alors tes revendications de bonjour et s’il te plait, tu les laisses à la maison, nous on a des trucs à faire.
Pour convaincre les autres mais surtout soi-même qu’on a des choses très importantes à faire et qu’on est indispensables à la marche du monde alors qu’on écrit des Powerpoint, il faut mettre en œuvre toute une mise en scène de soi justifiant qu’on ne serait pas payé pour se la couler douce : froncer les sourcils au-dessus de son écran, se déplacer en marche rapide avec des dossiers sous la main, les doigts pleins d’encre… et bien sûr, développer tout un vocabulaire de l’engloutissement : “j’ai pas le temps je suis sous l’eau là”, “je suis dans le tunnel jusqu’à janvier, j’ai plus qu’à annuler mes vacances…”, “le rapport sur Brico Dépôt*, il me le faut asap, c’est pour hier…”. On signe même “Cdt” pour “Cordialement”, qui prend un peu trop de temps à écrire – sauf quand on a un petit rab de temps, on s’autorise quand même à mettre le L de “Cdlt”.
Dans cette impatience à contribuer à la société, on peut vite en oublier de mettre les formes, qui se révèlent pourtant parfois utiles à une bonne cohésion sociale. Mais c’est…
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Auteur: Rédaction Frustration Mag

