Structurant l’imaginaire collectif, les stéréotypes confinent certaines catégories de personnes à des positions subalternes. Alors que les féministes contemporaines ont encore fort à faire avec les figures de la « salope », de la « fille chiante » ou de la belle-mère, les écrivaines du XIXe siècle se sont attaquées à celui de la suicidée.
« Je ne suis pas cinglée, j’en ai juste ras-le-clito. »
Cette phrase, devenue virale grâce à un mème tiré de la série espagnole Paquita Salas, aurait pu être prononcée par une protagoniste de romans publiés au XIXe siècle par des autrices comme Rosalía de Castro, Gertrudis Gómez de Avellaneda, Mary Ann Evans (plus connue sous le pseudonyme de George Eliot), Kate Chopin ou Marie d’Agoult – en d’autres termes, nous le concédons.
Ces autrices ont en commun d’avoir abordé le thème de la femme suicidaire, en soulignant leur malaise face aux stéréotypes de la folle amoureuse ou de la femme éternellement malade. Elles ont montré comment ces clichés, inscrits dans un discours culturel, ont permis de dissimuler les violences faites aux femmes.
Des Ophélie suicidaires
L’image de la femme suicidaire s’est popularisée aux XVIIIe et XIXe siècles, symbole des passions amoureuses dévorantes et de la fragilité de la psyché féminine. Elle doit l’essentiel de son succès au fait que cette représentation confortait le discours médical. Celui-ci définissait la femme comme un être mentalement inférieur à l’homme, très sensible et irrationnel, et concevait le suicide comme l’effet d’une maladie mentale à laquelle elles étaient davantage prédisposées.
Ces autrices du XIXe siècle étaient confrontées à un imaginaire qui les préférait belles et mortes plutôt qu’émancipées. Si l’on en croit le dicton selon lequel une image vaut mille mots, penchons-nous sur…
Auteur: Juan Pedro Martín Villarreal, Profesor de Teoría de la Literatura y Literatura Comparada, Universidad de Cádiz

