Ni maîtres ni marchés — pour en finir avec le totalitarisme ordinaire

On ne réparera pas le monde en s’attaquant à des détails ponctuels, aussi urgents qu’ils paraissent. Ces corrections superficielles — ajuster un paramètre fiscal ici, promulguer une loi climatique là — ne font que dissimuler, voire légitimer, la totalité du problème auquel nous sommes confrontés : rien de moins que la disparition programmée de notre espèce. Soigner les symptômes tout en laissant prospérer la maladie, c’est s’acharner à colmater les brèches d’un navire dont la coque est irrémédiablement fracturée. Le réformisme, dans ce contexte, n’est pas une prudence politique : c’est une complicité.

Ce qu’il convient d’écraser, c’est le centre vital de ce système — un système qui ne subsiste que de sa propre décomposition, qui se nourrit de l’épuisement des corps, des terres et des âmes. Ce centre, c’est le capitalisme dans son principe même et dans toutes ses manifestations concrètes : la marchandisation du vivant, la financiarisation de l’existence, la destruction méthodique des communs. À commencer par ce qui en constitue le soubassement anthropologique le plus profond : le travail salarié, cette image modernisée, polie et juridiquement encadrée, de la condition d’esclave. L’esclave antique appartenait à un maître visible ; le salarié appartient à une abstraction — le marché, le capital — ce qui rend sa servitude d’autant plus difficile à nommer et à combattre.

Car le capitalisme n’engendre pas le fascisme par accident ou par excès de zèle : il en crée méthodiquement les conditions. Quand la logique d’accumulation entre en phase de crise organique — sur-accumulation, effondrement de…

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