Ni train ni frontières : ils luttent contre le Lyon-Turin et aident les exilés

Cet article est le premier d’un reportage en deux volets consacrée à la lutte contre le projet ferroviaire Lyon-Turin dans le val de Suse. Le premier : « En Italie, les jeunes reprennent le combat contre le projet ferroviaire Lyon-Turin ».


Val de Suse (Italie), reportage

« Aujourd’hui, le soutien aux migrants est devenu un bras de la lutte », dit Fulvio, sourcils épais et peau rugueuse, depuis l’un des camps de base des No TAV à Venaus. Dans la maisonnette, plusieurs décennies d’histoire des luttes défilent. Épinglés aux murs de liège, des articles de presse jaunis côtoient, ici, la bannière du quartier basque autogéré d’Errekaleor Bizirik ; là, la photo souvenir d’un déplacement à Mexico auprès des membres du collectif Nodo Solidale. Sur l’étagère, une coupe remportée lors d’un mondial antiraciste parade au-dessus du Quattro Mori sarde. Ici, certains militants dédient désormais l’essentiel de leur temps à l’assistance aux migrants.

© Alexandre Pillondeau/Reporterre

Entre 2018 et 2021, le refuge Fraternità Massi d’Oulx, petite commune valsusine située entre Turin et Briançon, estime qu’environ 18 000 personnes sont arrivées en France après avoir traversé la région. Durant l’automne 2021, elles étaient si nombreuses qu’il n’était plus en capacité de les accueillir. De l’autre côté de la frontière, celui de Briançon a été contraint de fermer ses portes durant quelques semaines, pour les mêmes raisons.

La solidarité internationale des luttes se matérialise en symboles sur les murs des cabanons du val de Suse. © Stefano Stranges / Reporterre

Stratégiquement installé à quelques encablures de la gare routière, le refuge d’Oulx est la seule structure dédiée à l’accueil des migrants dans le val de Suse. Depuis son ouverture en septembre 2018, il est devenu une étape incontournable pour les voyageurs qui empruntent la route migratoire dite « des Balkans ». Les personnes migrantes s’y arrêtent une nuit ou deux, rarement davantage, le temps de se remplir le ventre, changer de chaussures et recharger les batteries. Le nouveau bâtiment, investi au mois de décembre 2021, dispose de 70 couchages, d’une salle à manger et d’un jardin.

D’ordinaire, ce sont les amateurs de sports de montagne qui arpentent la région. Mais à l’heure où tous les chats sont gris, les voyageurs qui foulent ses sentiers n’ont ni raquettes ni bâtons. Sirag est l’un d’eux. Il a 21 ans et vient du Maroc. Pour arriver jusqu’au refuge d’Oulx, il a…

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Auteur: Reporterre

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