Nicolas Calas : le poète trotskyste que le temps a oublié

Nicolas Calas (1907-1988) est peut-être le plus visionnaire des poètes, critiques d’art, commissaires d’exposition, historiens de la culture — et trotskystes de toujours — dont vous n’avez jamais entendu parler. Bien avant que Fredric Jameson (1934-2024), dans son classique L’Inconscient politique : le récit comme acte socialement symbolique (1981), ne formule l’injonction : « Toujours historiciser ! »[1],  Calas avait déjà fait de ce mot d’ordre le fil conducteur de toute sa carrière, dans chacune de ses dimensions.

Travailleur culturel révolutionnaire installé aux États-Unis depuis 1940, il mêlait marxisme et psychanalyse, en y greffant les idées de Wilhelm Reich, Friedrich Nietzsche et Ludwig Wittgenstein — bien avant que Herbert Marcuse et l’École de Francfort ne parviennent à redessiner les frontières du discours matérialiste historique.

Il évoluait aussi au sein d’un « milieu homosexuel international » réunissant le poète et collagiste Charles Henri Ford (1908-2002), le peintre d’origine russe Pavel Tchelitchew (1898-1957), le romancier et critique de cinéma Parker Tyler (1904-1974), ainsi que le légendaire trotskyste-beatnik Brion Gysin (1916-1986)[2]. Surtout, Calas — énigmatique, peut-être même protéiforme — joua un rôle décisif dans le passage transnational vers les États-Unis des idées du surréalisme, ce mouvement d’avant-garde du XXᵉ siècle qui entendait libérer les puissances créatrices de l’inconscient.

Intellectuel migrant, étranger perpétuel, Calas fut le rejeton rebelle d’une riche famille grecque d’industriels : sa vie et son développement créateur dessinent un itinéraire singulier à travers l’histoire culturelle du marxisme au milieu du XXᵉ siècle. Reconstituer cette trajectoire — ce que je vais tenter de faire ici — nous permet, en remontant les brumes du temps, d’élargir notre compréhension de ce que fut, aux États-Unis, l’expérience…

La suite est à lire sur: www.contretemps.eu
Auteur: romain romain

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