Le podcast de Nicolas Demorand Si besoin marquant son retour, a été salué comme un geste « touchant » de « courage » et de « déstigmatisation », un geste de patient, d’aidant. Mais derrière le récit d’une trajectoire individuelle se dessine peut-être autre chose : une expérience singulière transformée en langage psychiatrique dominant, confirmé. Plus encore, la fabrique d’une figure familière : celle du patient modèle, du malade exemplaire, du porte-parole idéal de la souffrance psychique universalisée et des « malades mentaux » unifiés. Jonathan Boismard est l’auteur deUne vie de fêlé, heurs et malheurs d’un patient ordinaire (ed. lundimatin).
Il est des nôtres, il a pris son Xanax comme les autres ?
Minuit environ, et comme tous les soirs à cette heure-là, je m’apprête à avaler ce petit comprimé qui me permet toutes les nuits de ne pas trop gueuler, de ne pas trop chialer et surtout de ne pas seulement somnoler. Le verre est le même, la cuisine est la même, la plaquette est la même mais cette soirée est différente, j’ai enfin écouté Si besoin et l’énième volonté de son auteur de faire des bipolaires une entité unique, unifiée et distincte. Ce Xanax que je vais m’enfiler est un Si besoin, parmi la panoplie d’antidépresseurs et somnifères existants. Quiconque est passé un tant soit peu, bon gré mal gré par la psychiatrie connaît la chanson, Xanax, Valium, Zopiclone et j’en passe. Ce titre du podcast sonne comme un signe de ralliement, de reconnaissance d’une communauté des malades mentaux unis, mains dans la main, coeur contre coeur. Et pourtant.
Ce qu’omet ce podcast, c’est la ligne de démarcation qu’il trace : entre ceux qui contrôlent leur consommation, s’évaluent, se gèrent, savent en prendre quand il le faut et ceux qui se laissent avaler par la pilule blanche, faisant d’un Si besoin, un Jamais sans. C’est mon cas. J’en suis dépendant. Fortement…
Auteur: dev

