« Non, cher ONF, nos châtaigniers n'étaient pas condamnés »

La pluie rend la scène encore plus triste. Nos bottes avancent dans le chemin de boue tracé par les chenilles de l’engin qui, quelques dizaines de mètres plus loin, abat les arbres un à un, tels des fétus de paille, avant de les empiler. D’un côté, les branches hautes qui vont être broyées pour partir en plaquettes. De l’autre, les troncs qui finiront en bûches. Les tas sont disposés de part et d’autres de la large allée. Une avenue des Champs-Élysées version destruction. Le sommet de la colline est déjà dégarni, et bientôt, ce sera au tour des pentes.

Au sol, là où tout n’a pas été écrasé, se trouve encore le matelas de feuilles mortes couleur d’automne, et des châtaignes à moitié croquées par les sangliers. Dans ce bois, « j’y viens depuis que je suis né », m’affirme Gilles, 63 ans et habitant de Saint-Florent-sur-Auzonnet, la commune voisine. C’est son refuge, loin du bruit de la route et des tumultes du monde. « C’est le seul endroit où l’on peut évacuer tous ses problèmes », dit-il.

C’est sa femme, début janvier, qui a sonné l’alerte. « Elle l’a vu en promenant le chien », raconte Gilles. « Tout le monde venait là ramasser les châtaignes », me dit-il, énumérant tous les villages alentour. De là, l’histoire a vite fait le tour du coin… Et est arrivée jusqu’à mes oreilles. Promeneurs du dimanche, randonneurs, cueilleurs de champignons, ramasseurs de châtaigne, chasseurs…

Tous les jours, j’ai des nouvelles de l’un ou l’autre, qui est allé voir comment la coupe avance. Les vieux comme Gilles en reviennent avec la larme à l’œil. « L’ONF rase Maraval », dit-on chez moi. Les châtaigniers de la parcelle 107 de la forêt domaniale du Rouvergue, pour être précis, soit une vingtaine d’hectares appartenant à l’État et gérés par l’ONF — Office national des forêts. Pour l’institution, il n’y a pas d’autre solution que de…

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Auteur: Marie Astier

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