Chercheureuse et enseignante en études africaines-américaines, les études sur le genre et les sexualités et la littérature anglaise aux États-Unis, Marquis Bey développe depuis plusieurs années des travaux importants articulant théorie féministe Noire, études trans et non-binaires, la théorie critique de l’anarchisme et l’abolitionnisme. Cet extrait est issu de la première traduction en français de Anarchꜵ-noirceur, par la collective T4T publié aux éditions Trou Noir le mois dernier. Marquis Bey développe une réflexion originale sur la pratique radicale de l’anarchꜵ-noirceur, nourrie des luttes Noires, queer et trans, d’un appel à “faire corps avec la boue glorieusement queer, trans et Noire des sous-communs”.
L’anarchisme est le sol sur lequel nous affirmons la destitution du terrain, une destitution qui marque, pour reprendre les mots du Comité Invisible, « une rupture dans la fatalité qui condamne les révolutions à reproduire ce qu’elles chassent, romp[ant] la cage de fer de la contre-révolution [1] ». Suivant cette ligne de raisonnement, nous pouvons aussi dire que la destitution est un autre nom pour la position de la Noirceur, cette « perturbation irréparable [2] ». Destituer le monde-tel-qu’il-est, ce Noircissement du monde, change ce qui compte comme le sol « réel » de la politique. Être non-gouvernæs est une pratique quotidienne (un mode de vie) et l’espace dans lequel cette pratique est vécue est un espace d’anarchie – pas de nihilisme ou de chaos, mais d’une vie selon d’autres moyens. Une anarcha-vie.
Ce que les anarchistes Noirxs cherchent à faire, c’est fonder une nouvelle société, pas nécessairement en suscitant la destruction des innombrables édifices de la terreur, de la violence, de la circonscription et de la normativité, mais en cultivant les espaces et les lieux qui, par l’entaille de leur existence, instancient l’impossibilité des bastions normatifs qui nous encerclent. On peut…
Auteur: dev

