Les stéréotypes sur le sombre Moyen Âge ont la vie dure. Parmi ceux-ci, la place des enfants, que l’on imagine encore peu aimés et exploités, travaillant durement à un âge très précoce aux côtés des adultes. Rien, pourtant, n’est plus faux que cette vision misérabiliste.
Dans Enfants au Moyen Âge (XIIᵉ – XVᵉ siècles), une nouvelle synthèse publiée aux éditions Tallandier, Didier Lett nous montre la vive attention à l’enfance dès le ventre maternel, puis s’intéresse à la naissance, au baptême, aux premiers soins apportés au nourrisson et aux relations que l’enfant entretient avec sa famille. Plus de doutes possibles : la société médiévale a bien connu un fort « sentiment de l’enfance », comme le montre cet extrait de l’ouvrage centré sur les préoccupations des parents pour la pédagogie et la formation des plus jeunes.
Un fort souci éducatif
De nombreux traités de pédagogie
Si l’on doutait encore de la force du souci éducatif des hommes et des femmes du Moyen Âge, il faudrait rappeler qu’il existe environ une cinquantaine de termes en ancien français des XIIe-XVe siècles qui désigne le fait d’éduquer ou d’enseigner : alever, amender, somondre, amonester, doctriner, reprendre, chastier, discipliner, monstrer, enseigner, endoctriner, conduire, governer, etc., sans parler des nombreux termes latins : instructio, educatio, disciplina, eruditio. Cette richesse sémantique traduit une réalité. Le verbe educare (ex/ducare) signifie « conduire en dehors de », c’est-à-dire exercer une direction pour sortir d’un état qui est inférieur à celui dans lequel on veut faire entrer une personne. Le terme eruditio (ex/rudictio) possède un sens très voisin. Il signifie que le but essentiel du processus est de faire sortir l’enfant de sa ruditas naturelle. L’éducation a pour but de dégrossir.
Auteur: Didier Lett, Professeur émérite d’histoire médiévale, Université Paris Cité

